Le tourisme d’affaires

Ah ! Les saines joies des cocktails d’entreprises dans les hôtels de luxe, où le champagne coulant a flots autorise pour un court moment la mise à l’écart des formes habituellement de mise entre employés et supérieurs hiérarchiques !
Les mémorables siestes au cours de conférences interminables sur les perspectives du marché vénézuélien des huiles de moteurs ! Les séminaires d’intégration à Djerba, avec pour objectif officiel la formation professionnelle, et pour but officieux, la sympathique atmosphère fraternelle dispensée par des taux d’alcoolémie et de coucheries supérieurs à la normale… Sans parler des exténuants week-ends de plein air, avec activités « extrêmes » qui, refusées, vous font passer pour une lopette et un grincheux… Que de bons moments partagés !
Une belle manne pour le tourisme, et cette activité encore mal étudiée [1] comme telle : le tourisme d’affaires.
Le tourisme d’affaires est en effet très rémunérateur, par séjour et par client : un touriste d’affaires dépense entre 2,5 et 3 fois plus qu’un touriste en short; le tourisme d’affaires représenterait 10 % des entrées touristiques françaises.
Mais
- Les congrès et les conventions d’entreprise.
- Les foires et les salons.
- Les « incentives » (réunions de stimulation), séminaires et réunions d’entreprises.
- Les voyages d’affaires individuels.
Ces secteurs dynamiques jouent un rôle de plus en plus important dans l’attractivité d’une ville: certaines, comme Cannes par exemple, en dépendent fortement. Mais ils demeurent particulièrement sensibles aux variations de la conjoncture nationale et internationale.
En ce qui concerne l’activité particulière des congrès, la France se classe première en termes d’infrastructures, avec 36 % des places de congressistes, devant l’Autriche et la Grande-Bretagne. Avec 6,88 % du marché mondial, elle se place au deuxième rang mondial après les Etats-Unis. 20 % des congrès accueillis en France sont internationaux.
L’activité congrès
aurait a elle seule générée environ 1.5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Récemment, une étude menée par l’Université Dongguk en Corée du Sud[2]visait à identifier les facteurs susceptibles de fidéliser les organisateurs de congrès. Cette enquête a été réalisée auprès de plus de 250 associations responsables de l’organisation de congrès, et présente les points déterminants aux yeux de celles-ci : la qualité des salles de réunions; le personnel de l’hôtel; la qualité des chambres.
Inutile de préciser que l’étude ne proposait pas, dans la liste de critères proposée aux sondés, certains éléments pourtant essentiels évoqués plus haut…
[1] « Si l’enjeu économique du tourisme d’affaires est très important, le secteur n’a cependant pas encore atteint un stade de maturité en tant que secteur économique à part entière, comme l’illustre la difficulté à produire des chiffres d’activités tout à fait fiables. » (Selon le Ministère délègue au tourisme). Les chiffres de ce billet sont tirés de ce site.
[2] Reprezent.
Sources :
www.veilletourisme.ca
www.tourisme.gouv.fr
Crédits photo: rafting par Charlie Brewer, réunion par high profile




















Ca fait plaisir de te lire JB. Est ce que ça veut dire que la chronique d’Homo Touristus est de retour pour de bon??
Hello Emi,
A priori oui…
JB.
Et oui il est de retour. Et je trouve que les commentaires sur le tourisme d’affaires ont un gôut légèrement convenu. En bref tu nous dit que la France est assez bien classée pour distraire les blaireaux des entreprises.
Bye.
YF
Cher YF…
"Les blaireaux des entreprises"?
Je ne vois pas ou j’ai ecris ca. Je travaille moi-meme en entreprise (comme l’indique le billet sur la Nooteam) , je n’ai pas de raison de mepriser les salaries.
Alors en introduction j’ai voulu desacraliser un peu tout ce qui touche de pres ou de loin aux seminaires, bon…
Je precise toutefois que mes commentaires "convenus" se basent sur moins sur ma tres faible experience que sur ce que l’on a pu me dire a droite et a gauche. Je n’ai rien invente.
Je n’y peux rien si aujourd’hui, l’integration, meme en entreprise, passe souvent par le fait de deverser des flots d’alcool lors de sejours a l’etranger ou a la mer. Apres bien sur il y a des congres et des seminaires tout ce qu’il y a de plus serieux et proprets, tres "effective" en termes de "teambuilding"…
Pour finir: c’est tres bien de dire "vos commentaires sont convenus"… Moi aussi je peux aller sur 30 blogs et laisser sur 30 billets le commentaire " vos commentaires sont convenus"… J’essaie - surement tres mal - d’utiliser un ton parfois railleur ou polemique - pour titiller le lecteur, et pour qu’il reagisse s’il n’est pas d’accord, et nous fasse profiter de son experience.
Je ne pretend pas etre omniscient, ni toujours infailliblement pertinent. Reste que j’apprecierais qu’on me le demontre sereinement, en mettant de cote tout depit, etat d’esprit somme toute peu propice au dialogue…
Bien a vous.
JBF.
PS: cher YF, vos initiales m’ont un peu surpris, etant celles de mon pere, et le tutoiement aidant, j’ai au debut cru que… J’ai du toutefois me tromper, mon pere passant sa vie professionnelle et personnelle a se lamenter sur l’absence d’argumentation fine, nuancee, et informee dans le dialogue… Ce ne sera donc tres certainement pas vous!
Permettez qu’à mon tour j’apporte de modestes lumières sur les vertus du tourisme d’affaires sous l’angle de participant aux conventions que j’ai été et suis toujours.
Convenus ou non, les commentaires de JB n’en restent pas moins vrais, tant concernant la manne financière que représentent de telles manifestations, qu’à propos du déroulement des "acivités".
Et puisqu’il faut étayer, étayons … Prenons l’exemple d’une multinationale agroalimentaire qui organise 3 jours de conventions sous le soleil Barcelonais pour 400 de ses salariés. Outre les deux avions affrétés spécifiquement pour l’occasion (qui font la joie de notre grande et belle compagnie nationale), ce sont près de 8 cars qui attendent nos joyeux collaborateurs pour les transporter vers un hôtel 5 étoiles tout de marbre et de tech face à la mer et à l’un des plus beaux golfs d’Europe.
Au programme des réjouissances, 2 demi-journée de séminaire sur la performance et les développements à venir entrecoupées de soirées VIP dans des lieux exceptionnels (dont la maison de Gaudi …), d’activités nautiques motorisées, de catamaran, parachute ascencionnel ou d’une après-midi dans l’enceinte du FC Barcelone, le mondialement connu Nou Camp (les afficionados me pardonneront la phonétique ;o)) pour que l’équipe corporate affronte les vétérans de ce club mythique…
Je passe quelques détails (qui n’en sont pas dans la vie de tous les jours mais la convention est hors du temps et des habitudes) et la cuenta finale se chiffre en centaines de milliers d’euros, dont une immense partie va dans les poches de l’économie locale. Mais aussi dans celles de l’agence qui a piloté toute l’organisation de la manifestation et qui, elle, oeuvre pour le PIB de notre bon vieille France. Je ne suis pas très au fait des problématiques financières des collectivités locales, régionales ou territoriales, mais je pense pouvoir affirmer qu’aucune ne refuserait de faire tourner la cash machine en accueillant ces conventions ou séminaires. Et a fortiori certainement pas les villes comme Cannes, pour reprendre l’exemple de JB, dont le modèle économique repose en partie sur ce tourisme.
Il ne faut pas non plus passer sous silence les flots de boissons déversés gracieusement par les open-bar qui ponctuent toute soirée de convention ou de séminaire. Libre à chacun d’en user ou abuser d’ailleurs … Quant au mythe de la coucherie qui se voit pousser des ailes sous les cieux cléments des séminaires … là je dois dire que les temps ont changé (ou que je n’ai pas participé aux bonnes conventions …) !
Mais qu’on soit dans l’ivresse des lieux ou de la bouteille, c’est la fédération des participants qui donne toute sa valeur à ses manifestations. JB, tu parles de team building et tu touches du doigt l’essence même de ces réunions. La conjoncture est morose ? OK … Les concurrents sont agressifs comme jamais et les parts de marché difficiles à défendre ? Soit … Mais réunissez vos vendeurs, chefs de produits et logisticiens pour 2 ou 3 jours de convention et la plupart vont ressortir de là avec le mors aux dents et le sentiment d’appartenir à une famille (ma foi, il ne manque plus que la musique de Candy au tableau).
Résumons nous un peu … une convention, c’est beaucoup d’argent dépensé, argent qui fait tourner l’économie, et un gros retour sur investissement avec des équipes qui ont le sentiment d’être estimées et qui retrouvent une motivation sans faille !
Et quel souvenir que celui de l’inaccessible PDG qui se relève de sa serviette de plage les épaules couvertes de coups de soleil … Vous le pensiez fait de boulons et circuits imprimés pour travailler aussi vite et aussi longtemps et finalement, il n’est qu’un Homme …
Un retour fracassant!
Précisons toutefois que les séjours ‘incentives’ ne sont pas distribués à toute la population des entreprises occidentales, mais bien réservés -en général- aux happy (le sont-ils?) few des strates exécutives.
Pour d’autres, l’incentive est plutôt l’ombre planante des back-office de New Delhi, des bureaux d’étude de Madras , des manufactures de Shanghai et sa région, des centres d’achat tactiques de Thailande, des service informatiques d’Istambul (et j’en passe), autant de destinations touristiques attachantes ou les activités se rendent, mais pas leurs auteurs courants. Peut-être cela va-t-il se traduire par un flux inverse du tourisme en fin de compte.
Moi, ce que j’aime dans les voyages d’affaires -catégorie individuelle- que je pratique, c’est le fait que je peux bosser aussi le soir pour rattraper ce que je n’ai pas fait durant la journée : ça tombe bien, avec le décalage horaire, je peux justement participer aux réunions habituelles du matin vers minuit le soir. De plus, dans mon palace 5 étoiles, ils servent des hamburgers en chambre (même à Kunshan, où, surprise, seule la bouffe occidentale est disponible après dix heures, car le cuistot chinois a fermé sa cuisine), ce qui est un atout invraisemblable. Et puis, ne pas oublier les savonettes, les pantoufles jetables aux armes de la maison ou les brosses à dent avec mini tube de dentifrice dont je suis un friand collectionneur.
Donc, en dehors des voyages incentives, j’aimerais connaître le type de population qui s’éclate en vacances d’affaires (congrès ou autres) : fonctionnaires, médecins achetés par les boîtes de pharma, ou diplomates en goguette? Mais là , c’est du mauvais esprit, car je n’en sais rien. Je me demande juste.
Allez, Ã +
Ced,
Merci pour ce commentaire tout à fait massif qui, pour tout dire, complète très bien mon petit article, et nous donne un aperçu équilibré de ce que peut être un week-end "incentive".
Dr Skonk,
Un hamburger dans un palace 5 étoiles? En tout cas je vois qu’on ne se refuse rien…
A propos je me permets de faire les présentations: le Skonk et le sieur BeNoMad se seraient croisés il y a deux ou trois ans dans un bar mal famé de Montréal…
Bien le bonjour à vous tous,
Je me permets de réagir sur vos commentaires, étant pour ma par organisatrice de tourisme d’affaires (principalement incentive mais aussi congrès médicaux par le passé)… le résumé de JB me semble finalement assez proche de la réalité.
Cependant certaines vérités édictées mériteraient précisions… notamment sur l’aspect rémunérateur du secteur. En effet, si l’on pense communément que les agences organisatrices s’en mettent "plein les poches", il faut savoir que désormais la concurrence est exacerbée sur ce marché… et les marges ne sont plus ce qu’elles étaient, et de nombreuses agences sont en difficulté (même si certaines s’en sortent très bien, ayant acquis une notoriété qui les met à l’abri de la concurrence nouvelle et de leurs prix cassés pour gagner en parts de marchés).
Ensuite il faut savoir que le public de ces évènements n’est plus du tout "fonctionnaires, médecins achetés par les boîtes de pharma, ou diplomates en goguette". Pour ma part les groupes les plus fréquemments confiés à mes soins sont des équipes de commerciaux, en voyages de récompense ou voyages de stimulation… et c’est là un public qui ne fait pas mentir JB sur les coucheries intempestives et l’alcool (commerciaux de tous secteurs : banque, assurance, automobile, mais aussi cuisinistes…). Quant aux médecins, la loi a considérablement réduit leurs avantages et ce marché en a été transfiguré… Par ailleurs la réforme du système de santé ayant également introduit l’obligation de la formation continue pour les médecins et une grande part du persnnel de santé, les plus beaux jours des avantages en nature de la profession sont bien derrière eux ! (bien qu’ils ne soient généralement pas à plaindre, je n’en disconvient pas).
Enfin le TA peut effectivement apporter beaucoup à une destination, et pour les annonceurs nationaux il y a tout intérêt à organiser le TA hors France, car non seulement les prestations y sont souvent très chères, mais en plus la TVA fait mal au budget global (19,6 sur toute la prestation et les honoraires agence quand déroulement en France, mais seulement sur les honoraires agence lorsque hors France !). D’où l’intérêt grandissant pour les destinations proches et ensoleillées telles que l’Espagne (et surtout Barcelone qui multiplie les efforts pour attirer cette clientèle), le Maroc, la Tunisie…
Il faut toutefois introduire une limite à tout cela : les annonceurs (clients) sont désormais des acheteurs avertis et ne s’en laissent plus compter : ils savent ce qu’ils peuvent obtenir et pour quel prix. Et même : ayant conscience de la concurrence acharnée, ils en jouent grandement et font souvent des demandes à des prix bien en dessous du prix du marché… sachant qu’au moins une agence sacrifiera sa marge pour pouvoir ajouter un client à ses références…
Voila, en définitive, ce secteur est plus complexe qu’il n’y parait et qu’on le suppose alors il serait intéressant de chercher à se renssigner comme JB au lieu d’annoncer de grandes vérités qui n’ont plus lieu d’être… merci bien.
Bien cordialement,
E.D.